10.10.2009

Couple en ville

-         Combien il reste de pain à la Maison ?

-         Y’en a encore un petit peu

-         Avec toi, il en reste toujours un petit peu

-         Ben oui, il en reste un peu

-         Bon, arrête toi, là, je vais te donner de l’argent et tu vas aller là-bas, y’a une boulangerie. Allez, va, tu marches plus vite que moi, je te rejoindrai. Tu vois bien où tu dois aller, hein ? Tu marches jusqu’au carrefour, c’est juste à gauche !

Le père a fini de farfouiller dans son porte – monnaie, il a refilé quelques pièces au fils obéissant qui maintenant file accomplir sa mission.

Je regarde furtivement la suite de la scène : c’est un père assez âgé en compagnie de son fils , pas très jeune non plus mais qui de toute évidence est un adulte handicapé. Il est sûrement dépendant de son père. Que va-t-il se passer quand l’un d’entre eux aura disparu ?

23.06.2009

Corps palimpseste

Mais, la naissance ne dit pas tout *


(...) Je suis né près d’une rivière. Quasiment au bord. Presque sur sa berge. Je suis né à la rivière, du jour où mon père en a retiré un poisson argenté au bout d’une ligne de fortune. Ce chevesne, ce dard, ruisselant de lumière, tout frétillant dans l’herbe fraîche du jardin, cet être mystérieux sorti du courant sombre devient soudain pour moi la preuve indiscutable de l’existence du monde, d’un monde différent du monde familier et superficiel auquel je me suis habitué jusque-là. Je suis né par la rivière, son courant, ses trous d’eau, ses fonds sableux, vaseux, rocailleux, herbeux, ses poissons aux dos sombres et aux flancs argentés qui éclairent soudain l’entre deux eaux. 
 
Je suis né aussi à cette fraction de seconde où un cercueil sort de l’église, porté par des soldats en uniformes d’apparat. Un détachement militaire les accompagne. La foule des fidèles marche à pas lents, tête baissée. Noirceur d’un midi de deuil. Soudain, retentissent des paroles, brèves, dures comme la pierre, suivies de la détonation d’une salve de fusil de guerre. La cérémonie se déroule devant le monument aux morts de ma commune. Je me suis arrêté, n’osant pas perturber par ma présence passagère l’étrange rituel. Mon esprit navigue à une vitesse fulgurante entre cette scène d’il y a quelques semaines où le mort d’aujourd’hui riait sur son vélo en compagnie de son frère au moment du départ pour "là-bas", en Algérie et cette terre étrange que je ne connais que par les ouï-dire de vantardise des conscrits de la classe 1957 qui chantent à tue-tête, jours de semaine et dimanches des chants bellicistes et des couplets sur leur soi-disant regrets de laisser leur bonne amie au pays. Je suis né en ces secondes uniques au monde qui existe bel et bien en dehors des frontières de mon canton et où l’on peut rire et mourir, pleurer et vivre dans le deuil d’innocents sacrifiés. Tout ça, incorporé, forcément laisse des traces en vous avec lesquelles vous devez composer.

P.R.
* A écouter , ce mardi soir à la Maison Louis Guilloux 13 rue Lavoisier Saint Brieuc : au rendez-vous annuel des ateliers d'écriture du GFEN
* A paraître dans le prochain numéro de la revue Filigrane

22.03.2009

Alerte générale ?

A l'évidence et dès les premières minutes, les autorités savaient qu'il n'était pas besoin d'alerter la France entière (la fameuse "population") pour cet enlèvement d'enfant dont on nous rebat les oreilles depuis près de trois jours. faut-il que les rédactions des principaux médias soient aux ordres de la maistrance régalienne pour gloser à longueur de leur UNE à ce sujet :
1 - l'alerte sans dicernement
2- le factuel sans faits
3- le commentaire de commentaires à partir d'un corpus de commentaires venant des milieux autorisés.

Et pendant ce temps - là ...
Ah ! j'oubliais : quelle aubaine que ce visuel d'un visage tuméfié !
Et vas-y que j'te le montre sous toutes les coutures...
Indécence, vous avez dit un des sens ?
Tiens, pour rétablir un peu de douceur dans ce monde de brutes, voici ma photo du jour, cadeau du jardin du JB à SB :
Printemps3.jpg

01.03.2009

Un WE à Saint Jacut de la Mer

Trente quatre ans. Bien sûr, tu n’en reviens pas :
« Plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer.[…]
Marcel Proust, Le côté des Guermantes.

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23.01.2009

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

c766c7fd9b025d3d197a163fc4a4912b.jpgIl s’est levé de bonne heure. Un boulanger se lève de bonheur. Le boulanger reprend le travail laissé en plan la veille en allumant son four chargé de fagots de bois. Une première séquence d’odeurs pour le jeune garçon qui a décidé d’accompagner son père pour cette fournée de A à Z. Il suit la progression du feu au bruit des craquements des brindilles, puis des plus grosses branches, des triques ensuite. Bientôt une chaleur réconfortante envahit le fournil et son odeur de cendre humide de tout à l’heure. Déjà, le père a découvert le levain tapi au fond du pétrin et qui a levé durant la nuit. Il plonge, il est déjà plongé, dans un monde parallèle. Un monde qui a débuté il y a très longtemps à ses yeux d’enfant : « A l’époque » comme dirait l’autre, comme disent les enfants qui commencent à accéder à la conscience d’un temps historique, bien plus long que celui déjà long de leur propre vie, pourtant si courte encore. Ce monde où, son propre père qui est là, s’employant sous ses yeux, était lui-même dans l’enfance - difficile à réaliser- et qui s’activait en compagnie des « monteurs » venus de la grande ville de Rennes, à la construction si spéciale du four à pain : la voûte, le dallage, la lourde porte en fonte, la citerne en brique sur la gauche de cette belle façade, les mécanismes de tirage. Autant d’exploits techniques qui lui paraissent à lui comme presque magiques tant il n’arrive pas à en concevoir le protocole de construction. Il pourrait bien sûr poser questionner son père à ce sujet. Il faut croire qu’il préfère le flou, le mystère, la douce harmonie de la connivence entre techniciens, ouvriers et manœuvres de circonstance (son père) de cette « époque », ce bon vieux temps où lui n’existait pas encore. C’était avant qu’il ne soit né.

18.12.2008

Je suis né

" J'ai poussé la porte du lieu et quelque chose s'est brisé en moi, comme une larme. Ou un plaisir. Désanimé. J'ai poussé la porte du lieu et, j'ai pu parvenir à l'intérieur de ma durée, car, l'intérieur venait de se fissurer."
Nabile Farès
L'exil et le désarroi

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Je suis né
Ben oui, je suis né
Facile pour moi d’écrire cela soixante ans plus tard que ce jour. Ce jour de ma naissance. Bon, je suis né. Au fond, c’est pas si banal que ça : du moins pour moi. Et peut-être bien pour quelques autres aussi. Je suis né et j’ai aussi donné naissance. Là, c’est déjà plus facile pour moi de parler de naissance. De naissances au pluriel. Mais bon, je saurai bien y revenir
Le moment venu. Je ne vais quand même pas me dégonfler, botter en touche, et pourquoi pas employer la langue de bois pour parler , vous parler de ma naissance. Quoi, j’entends déjà quelqu’un dans l’assistance grommeler et murmurer : « rien à foutre de sa naissance à celui-là ! Raconte pas ta vie, mon vieux ». Bon d’accord, s’il y en a qui ne sont pas intéressés, voire même que cela horripile, je les comprends, et je les autorise à quitter les lieux, à aller voir là-bas si j’y suis, ou plutôt si je n’y suis pas. Car, je les préviens, dans ce genre d’exercice d’écriture où, selon la façon de Georges Perec, il faut écrire un texte commençant par « Je suis né », le lecteur, embarqué par le fameux effet de vraisemblance risque de me retrouver ailleurs qu’ici – même, c’est à dire en tous lieux en un espace qui a été jusqu’ici celui de mes multiples et successives présences.
P.rec...

02.12.2008

2ans, trois ans et 12 ans

Interdit d'école à 2 ans, fiché à 3, incarcéré à 12 ? ou le parcours d'un enfant du siècle.


Alleluhia !
The best world is among us !

or :
I have a nightmare ?




"Moi, je souhaite qu'on aille même sans doute un peu plus loin sur la question de la détection précoce des comportements…. On dit qu'il faut le faire dès l'âge de trois ans pour être efficace". Les propos du porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, ne sont pas passés inaperçus.



Trois ans après la campagne de Pas de 0 de conduite, l'UMP entend reprendre ce thème qui avait mobilisé contre lui des milliers de personnes. "Quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile à lui que de mettre en place une politique de prévention tout de suite", a ajouté le député des Hauts-de-Seine.

25.11.2008

A Pau , comme à Saint Brieuc

La loi s'applique à tous, qu'il dit, le Préfet des PA ex Préfet des CDA:

"C'est arrivé près de chez toi
Samedi à Pau, une famille kosovare a été expulsée, les deux parents
et quatre enfants, dont un venait tout juste de se faire opérer des
amygdales. Dimanche, c'est une maman malienne qui était sur le chemin
du retour musclé. Elle a été arrêtée au guichet de la préfecture
alors qu'elle venait déposer un dossier de régularisation. Sa fille
restera seule en France. Ce sont deux exemples, deux histoires
inhumaines qui poursuivent la longue liste des expulsions d'enfants
et de leurs proches. Car ce sont aussi des enfants qui sont touchés."
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2008/11/25...

L'entreprise France identité nationale fonctionne à plein régime

Les héritiers de Caïn poursuivent la guerre fratricide :
Et si c'était parce que les hommes sont frères qu'ils ont de vraies raisons de se haïr et de se tuer : au Congo, en Irack, dans les banlieues de Chicago et dans les bidonvilles de Prétoria ? Et si la politique officielle avaiit "oublié" la fraternité (je dis bien la travailler et non pas la proclamer hypocritement), justement parce que c'est un espace où il n'y a de pouvoir qu'à perdre ?

07.11.2008

La bourse aux poupées

Familles unies et désunies, composées décomposées et re-composées,construites, déconstruites et reconstruites, n'hésitez pas : pour vos cadeaux d'anniversaires, de noël et du premier de l'an, pensez aux poupées VAUDOU.
Incitez les grand-mères, grands-pères, vieilles tantes, vieux oncles et autres membres de clubs du troisième âge à en fabriquer et les personnaliser.
Ensachez vous-mêmes les aiguilles ad-hoc !
Et surtout, inventez les slogans individualisés : pour votre belle mère, votre beau-père, vos EX, vos chefs et sous-chefs, vos élus, votre concierge, votre syndic, votre percepteur et pour toute autre personne que vous souhaitez marabouter.

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En exclusivité pour les blogueurs du Télégramme.com : Le petit baigneur "Racaillou-couillonnou - pov' C...", très bientôt disponible (gratuit, mais on peut donner à la souscription pour l'amende de 30 euros infligée hier à l'autre "pov'c.." de Laval pour port d'un auto-collant illicite en présence du grand manitou)

A suivre : ne manquez pas de vous informer sur les dates et lieux des stages de formation proposés par le grand Sachem

Conseil d'ami ! méfiez- vous des contre-façons !

04.06.2008

Une autre vie pour ma mère

Nos mères, à nous autres, les "baby-boomers" ont tant fait pour que leurs enfants s'en sortent. Et parfois (trop souvent), la coupe de leur sacrifice a débordé :


- C’est à boire, à boire à boire ! c’est à boire qu’il nous faut !
Boire, toujours boire. Boire, encore et encore, comme si quelqu’un ici avait encore soif. Boire sans soif. Boire pour oublier, boire pour se libérer. Boire pour fêter encore et encore la libération de la France. Boire pour croire. Pour croire qu’on est quelqu’un dans cette immensité du monde. Boire, comme Germain, le prisonnier revenu de plus de 4 ans de captivité, pour reprendre sa place parmi les siens. Boire pour voir si on est capable de boire encore plus. Boire sans voir qu’à côté de soi, vit et existe un autre, un être cher. Une épouse, un mari. Je dirige mon regard vers le mien : ses yeux brillent comme ceux d’un vairon. Oui, il a des yeux de vairon ! lui aussi a dépassé la dose prescrite. Ma mère a repris sa place entre ma sœur et mon jeune frère. Le plus âgé est debout derrière sa famille, il va interpréter une deuxième chanson :
- Ah ! le petit vin blanc …

(chronique d'un écrit en cours)
Paulrec

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