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23.05.2008

1944 : d'après la photo d'un mariage

A table, devant chaque convive, le cornet de jambon-macédoine s’offre dans chaque assiette. Le pain trône en abondance au milieu de la nappe blanche : c’est pas tous les jours qu’on marie un boulanger, fils et frère de minotiers !
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- Déboutonne donc ta veste : elle te boudine, on dirait un premier communiant !
Dans l’assistance aux alentours, on rit à peine : chacun sait, et pour cause le mal qu’on a eu ces dernières années à se procurer le moindre vêtement neuf à sa taille et encore plus un costume de marié. Alors, non, on ne rigole pas avec ça. La plaisanterie tombe à plat. Comme pour détourner l’attention et décoincer les esprits, un chant s’élève, comme un appel au secours :
- Au feu les pompiers, v’là l’pichet qui brûle ! Au feu les pompiers …
Les rires complices fusent : les serveuses comprennent qu’il faut se ruer sur le papier en feu qui se consume dans le pot en terre pour l’éteindre en faisant comme si un danger réel d’incendie existait et aller vite le remplir de cidre à la pompe.
Le deuxième plat est maintenant servi : de la langue de boeuf à la sauce madère : bondieu de bondieu, c’est pas tous les jours qu’on s’en met sans retenue autant derrière la cravate ! ça vaut bien un coup d’vin blanc. Allez, et que j’t’attrape la bouteille et que j’t’en r’verse une bonne goulée ! Il n’y a pas que la langue des bœufs qui se fait moelleuse ! A c’t’heure, ça y va les causeries autour de la grande table des mariés !
- Donne à boire à Baptiste, plus qu’il boit, plus qu’il pisse !
- Et toute l’assemblée de partir dans un immense éclat de rire.
- j’âvons t’il du plaisir après tant de misère, soupire la mère du marié qui n’est pas non plus en reste parmi les buveurs.
- Allez , buvons un coup à la santé des jeunes mariés : c’est pas ça qui va nous foutre à bas !
Et la mère de boire cette rasade supplémentaire sans coup férir.
D’autres, en bas de table en font autant et réclament du rabe de patates pour soit-disant éponger le trop plein de liquide. Les serveuses s’affairent pour satisfaire les convives. Voici venu le moment d’une première chanson : ah ! le petit vin blanc …